8ème session plénière de l’Assemblée Parlementaire de la Méditerranée [en]

La 8ème session plénière de l’Assemblée parlementaire de la Méditerranée (APM) et la 8ème réunion statutaire des Commissions permanentes de l’APM se sont tenues du 20 au 22 janvier 2014, à Marseille (France), à l’invitation des Présidents de l’Assemblée nationale, S.E. Claude Bartolone, et du Sénat, S.E. Jean-Pierre Bel.

Justyne Caruana a représenté Malte à la 8e session plénière de l’Assemblée parlementaire de la Méditerranée, où Michel Vauzelle, le président de la région Paca, Francesco Amoruso le président de l’Assemblée parlementaire de la Méditerranée, Claude Bartolone, le président de l’Assemblée Nationale et Jean-Pierre Bel, le président du Sénat, avaient ouvert les débats, en rappelant la gravité de la situation dans cette zone du monde et le champ des possibles qui existe.

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  • Discours de M. Jean-Pierre Bel

Monsieur le Président de l’Assemblée parlementaire de la Méditerranée,

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

Chers collègues Présidents,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Chers amis de la Méditerranée,

Comme l’ont fait les orateurs qui m’ont précédé à cette tribune, et singulièrement mes amis Claude Bartolone, Président de l’Assemblée nationale et Michel Vauzelle, Vice-président de votre assemblée et Président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, permettez-moi à mon tour de vous souhaiter à tous une très chaleureuse bienvenue dans cette belle cité de Marseille, qui est, je crois, une sorte de « concentré de Méditerranée ».

Tout au long de l’année 2013, Marseille, capitale culturelle européenne, a en effet accueilli des artistes de toute la région. Elle a confirmé, non pas ce que nous savons, mais plutôt ce que nous « ressentons » ; car c’est
bien une affaire d’atmosphère, de sensations. Nous sommes ici dans une ville qui est une formidable ode au métissage et donc à la modernité.

Cette Villa Méditerranée, où se tiennent nos travaux, et le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (le MUCEM) à deux pas d’ici, portent haut cette vocation de carrefour des lieux, des temps et
des cultures.

Nous sommes tous ici rassemblés par un espace partagé, par une « mer » qui nous unit plus qu’elle ne nous sépare.

Ce qu’incarne et défend votre assemblée, c’est que la Méditerranée n’est pas la mer du passé. Elle est aujourd’hui, comme hier, et peut-être plus encore qu’hier, aussi centrale que stratégique.

Si nous sommes ensemble aujourd’hui, c’est parce que nous sommes liés par une histoire millénaire. C’est parce que depuis quelques années, nous réalisons que notre avenir est commun et qu’il nous faut le penser
ensemble. Nous avons compris que nos destins sont inséparables. La modernité n’est pas occidentale, pas plus qu’elle n’est d’un continent ou d’un autre. Elle est dans l’échange, dans le métissage. A nous de choisir quels liens nous voulons construire.

Cet espace que nous avons en partage, il est je crois, pour toute une série de raisons, l’espace à même de préfigurer le nouvel équilibre du monde.

A la jonction des continents africain, européen et asiatique, au coeur de la rencontre entre Orient et Occident, entre Nord et Sud, la Méditerranée est un berceau de civilisations. Elle est le lieu de naissance des trois
monothéismes. Elle est, comme le dit Edgar Morin, la mer qui « sut faire passer Aristote de Bagdad à Fès avant de le faire parvenir à la Sorbonne ».

Mer d’échanges et de passage, elle est le lieu d’une civilisation exceptionnelle qui a balisé, au fur et à mesure de son déploiement, les trajectoires de notre culture et a fixé, l’un après l’autre, les repères majeurs de notre histoire.

Elle a fait de nous les dépositaires d’un héritage où cohabitent, pour reprendre les mots que votre Charte emprunte au professeur Joseph Maïla « l’alphabet phénicien, le concept grec, le droit romain, le
monothéisme sémite, l’ingéniosité punique, la munificence byzantine, la science arabe, la puissance ottomane, la coexistence andalouse, la sensibilité italienne, l’aventure catalane, la liberté française et l’éternité
égyptienne ».

L’Assemblée parlementaire de la Méditerranée continue le fil de notre histoire commune. Elle contribue à relever les défis d’une réalité plus complexe, qui risque parfois de mettre en péril ces liens que je viens de
décrire.

Car la réalité géopolitique de cette région est tout autre, avec des problématiques différentes selon les pays.

C’est une réalité faite de ruptures, principalement économiques et socioculturelles.

Et ces ruptures s’articulent autour de fractures qui s’aggravent.

Une fracture démographique, qui voit le Sud exercer une pression de plus en plus forte sur le Nord.

Une fracture migratoire, dans un espace où l’obtention de visas du Sud vers le Nord, et même entre les pays arabes, pose un grand nombre de difficultés.

Une fracture économique et sociale avec la richesse du Nord qui s’impose parfois brutalement au Sud, moins favorisé (même s’il n’a pas l’apanage de la pauvreté). Avec aussi la quasi disparition du modèle patriarcal au
Nord, alors qu’il demeure prégnant au Sud.

Les défis qui se posent à nous sont nombreux.

Alors que les négociations israélo-palestiniennes peinent à trouver un nouveau souffle, la Méditerranée orientale est désormais dramatiquement minée par le cruel conflit syrien, dont l’impact sur les pays voisins,
Liban, Turquie ou Jordanie, ne cesse de s’alourdir de jour en jour.
Les « printemps arabes » ont soulevé beaucoup d’espoirs. Ils ont illustré le courage et la détermination de peuples dont la jeunesse réclame des réformes de liberté et d’égalité. Ils demeurent une puissante promesse de
démocratie et d’avenir commun.

Mais ils ont pour l’heure entraîné dans leur sillage une instabilité politique qui tarde à s’apaiser.

La rive européenne n’est pas à l’abri des difficultés. La crise économique et financière a eu des conséquences très dures pour les pays du Sud de l’Europe, comme la Grèce, l’Espagne ou le Portugal, qui ont dû mettre en
oeuvre des politiques drastiques d’assainissement de leurs finances publiques, aux conséquences lourdes pour les populations.

Je veux aussi évoquer le drame des migrants d’Afrique, qui se lancent de plus en plus nombreux à l’assaut de la Méditerranée pour gagner les rives du Nord, dans une traversée qui souvent leur est fatale.

Dans ce contexte difficile, deux voies sont possibles :
- Soit nous nous crispons sur nos difficultés et la Méditerranée pourrait devenir le champ clos d’une forme de « choc des civilisations » ; c’est le risque de voir notre mer commune devenir une véritable frontière.
- Soit nous laissons de côté ces thèses qui opposent des cultures et des peuples dont je viens de décrire les liens anciens, et nous consolidons les « ponts » qui sont à l’origine de notre histoire commune.

C’est bien sûr cette deuxième voie que nous devons choisir. Mais sans oublier qu’elle est exigeante. Car les défis sont immenses. C’est justement pour cela que votre Assemblée a un rôle essentiel à jouer pour créer un climat de confiance ; pour entretenir un dialogue régulier. Développement économique, protection de l’environnement - avec les enjeux de la dépollution de la Méditerranée - transition énergétique, formation des jeunes, voici les priorités de demain.

Votre assemblée permet les échanges d’expériences, la confrontation des idées et des visions et surtout, elle renoue avec ce cercle vertueux qui, depuis toujours, relie nos pays entre eux, en faisant les acteurs d’un destin commun. Aujourd’hui, c’est tous ensemble que nous pouvons trouver des solutions aux crises et aux heurts qui déstabilisent notre région.

Vous incarnez, Mesdames et Messieurs, le lieu de résonance de cette « Méditerranée de projets » chère à notre Président de la République et pour laquelle notre ami Michel Vauzelle a fait des propositions très
intéressantes dans un récent rapport au Premier ministre. Il y met en avant le rôle essentiel de la jeunesse et des sociétés civiles. Les jeunesses de tous nos pays, elles portent notre avenir commun. Ce sont elles qui nous préserveront de « l’avènement d’un temps sans promesses » pour reprendre les mots qu’employait Emmanuel Levinas peu après la chute du mur de Berlin.

Les réalisations concrètes ne voient le jour que dans cet esprit constructif qui est le vôtre. A l’image de notre mer commune, vous êtes comme un pont entre nos différences. Vous contribuez à ce que la Méditerranée, jamais, ne devienne un mur infranchissable. Car les murs invisibles, ceux qui se construisent dans la peur de l’autre, sont parfois les plus coriaces.

Monsieur le Président, mes Chers collègues, Mesdames et Messieurs les parlementaires, ici même, au début du mois de décembre dernier, a été lancé un « manuel commun d’histoire méditerranéenne », élaboré par les
historiens de huit pays du Nord, du Sud et de l’Est de la Méditerranée. Il propose une lecture régionale de notre histoire commune.

Cette heureuse initiative, c’est justement l’exemple d’une démarche de dialogue et de coopération, remède au pire des maux dont procèdent bien souvent les pires violences : l’ignorance de l’autre.

Ce que je vous souhaite, Monsieur le Président, mes Chers Collègues, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, c’est que vos travaux vous conduisent à une vision commune, non pas de notre passé mais de
notre avenir, qu’il nous revient désormais d’écrire ensemble.

Je vous souhaite d’excellents travaux.

Je vous remercie.

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Rapport adoptés en session plénière (en anglais)
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Lettre d’information de l’APM

Dernière modification : 30/01/2014

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