Appel du 18 juin

A l’occasion de la cérémonie à Londres de la 70ème anniversaire de l’Appel du 18 juin, l’Ambassadeur Daniel Rondeau a publié un tribune dans les deux principaux journaux maltais.
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- "David Cameron et Nicolas Sarkozy in London : what’s about it ?
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-  18 juin 2010. Le président Nicolas Sarkozy est parti ce matin pour Londres, dans un Eurostar spécialement affrété et décoré, avec l’ensemble du gouvernement et près de 800 invités. D’importantes visites et cérémonies sont prévues tout au long de cette journée, avant le retour du président à Paris, à18 heures, qui se rendra alors devant les statues de Churchill et de Gaulle, en bas des Champs Elysées. De son côté, le premier ministre anglais, David Cameron, rendra hommage au général de Gaulle.
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-  18 juin 1940. Un homme parle devant un micro de la BBC. Ses paroles s’envolent dans la nuit. La prédication radiophonique du général de Gaulle conjugue la raison la plus raisonnable et l’espérance la plus folle. Elle est l’expression d’une volonté qui se dresse pour dire « non ». Pour les quelques Français qui recueillent, toujours par hasard, l’écho de cette voix lointaine, celle d’un homme encore sans visage, l’impact est décisif. C’est comme si le destin lui-même était entré chez eux pour les prendre par la main.
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-  En trente cinq jours, la France vient de subir la défaite la plus radicale de son histoire. Le 10 juin, le gouvernement a quitté Paris. Le désespoir a jeté notre peuple sur les routes de l’exil. Le 13 juin, Bordeaux est choisi comme siège du gouvernement. Churchill vient en France pour la dernière fois. Le 14 juin, les Allemands entrent dans Paris et défilent sur les Champs Elysées. Le 16 juin, Winston Churchill et Sir Robert Vansittart, secrétaire permanent du Foreign office, informent de Gaulle d’un projet inouï de générosité. Ils transmettent ni plus ni moins, face au péril nazi, une proposition d’Union de la France et de l’Angleterre. De Gaulle informe son gouvernement qui refuse la proposition anglaise. Le 17 juin, le général de Gaulle part pour Londres, « sans romantisme et sans difficulté ». Il emportait avec lui, dira Churchill, l’honneur de la France. Le 18 juin, après avoir déjeuné avec Duff Cooper, ministre britannique de l’information, De Gaulle prépare le texte qu’il va lire le soir même à la BBC, comme Churchill l’y a autorisé. L’enregistrement (perdu) est diffusé à 22 heures. : « Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français à continuer la lutte. »Le 19 juin au matin, les premiers volontaires, ceux que l’on va appeler les Free French, se présentent à la porte de son appartement de Seamore Grove, à Londres.
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-  Pour ceux qui vont devenir des Français libres, ces quelques mots lancés comme une bouteille à la mer par un général inconnu suffisent. Ils embrassent aussitôt « l’action avec l’orgueil du maître ». Pour eux, la France ne peut pas être battue tant qu’eux, personnellement, ne se sont pas battus. Ces minoritaires vont résister, là où c’est possible, partout dans le monde, pendant que sur le territoire de notre pays, des instituteurs limousins, des étudiants alsaciens, des maroquiniers de Ménilmontant, des cheminots lyonnais, dessinent l’autre visage d’une France qui ne veut pas se laisser déshonorer par Vichy.
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-  Les Français libres sont à Londres bien sûr, aux côtés du Général, à Seamore Grove puis à Carlton Gardens, mais surtout au contact de l’ennemi, dans les eaux de la Grande Bretagne (sur le Triomphant), le long des côtés de Norvège, en mer d’Islande ou dans l’Atlantique, dans le Pacifique, dans les airs face à la Luftwaffe, en Afrique. « Emouvante complicité, écrit à propos de ces combattants africains le futur prix Nobel François Jacob, de volontaires venus de partout…Incroyable troupe de gueux en haillons, aux tenus disparates, en short ou en pantalon, en capote ou en burnous, mais unifiés moins par la crasse et la barbe hirsute que par la passion et la volonté d’en découdre ».
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-  La Méditerranée devient vite l’un des enjeux de la guerre. Dans chaque port ou presque, dès l’été 40, se joue le premier acte d’une partie qui va durer quatre ans. Les débuts de la France libre nous parlent alors d’une histoire marquée du sceau de la jeunesse, qui mélange de façon étonnante l’improvisation, l’humour et le mépris de la mort, la décontraction et l’audace, une détermination sans faille. A Bizerte, le commandant Drogon, après l’appel du 18 juin, envoie un message resté fameux : « Trahison sur toute la ligne, je rejoins un port britannique » et conduit son sous marin, le Narval, jusqu’à Malte. (Malte, qui subira trente mois de siège. La résistance des Maltais et des Britanniques empêchera les Allemands de ravitailler à leur guise l’Africa Korps de Rommel).
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-  J’ai eu le privilège de rencontrer un certain nombre de ces hommes qui voulaient être des Français libres et de devenir l’ami de quelques-uns. Ils parlaient toujours de cette époque avec beaucoup de simplicité. Au fond, il y avait chez chacun d’entre eux un côté : On s’est bien amusé, au revoir et merci. Ils s’étaient amusés, au péril de la vie, parce qu’ils avaient en commun une certaine idée de notre pays. Leurs récits n’étaient jamais pompeux, certains mêmes étaient tellement drôles qu’ils paraissaient tirés d’un roman d’Evelyn Waugh, toujours intenses et simples, vivants comme leur jeunesse d’aventures, comme l’espérance qui les porta.
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-  Il est important de ne pas oublier ce 18 juin 1940. Pour nous Français, de Gaulle est celui qui nous a rendu notre fierté, notre liberté, avant de transformer la France en un Etat moderne, social, technologiquement avancé, soucieux de son indépendance. Il est important pour nous Européens. Nous ne devons pas oublier ni l’hospitalité britannique ni l’amitié majeure qui unit les deux ennemis d’hier, le chancelier Adenauer et le Général de Gaulle. De Gaulle reçut Adenauer chez lui, à Colombey. Il déposa une rose de son jardin sur sa table de nuit avant de l’emmener prier à la cathédrale de Reims. Enfin pour tous ceux qui dans le monde aujourd’hui, résistent seuls contre tous, la liberté a encore le visage de ces Free French qui se battaient en souriant parce que leur pays ne voulait pas mourir. "
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- Daniel Rondeau
- Ambassadeur de France à Malte, écrivain
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Article du Times
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Article de l’Independent
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Dernière modification : 08/07/2010

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