Concert - DEUX PIANOS

Notes sur le Programme
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- Milhaud (1892-1974)
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- Scaramouche (Célimène Daudet, Stefan Cassar)
- Lorsque, en 1937, Ida Jankelevitch commande à Milhaud une suite pour deux pianos, le compositeur ne se montre pas très enthousiaste. Il commence néanmoins à composer cette œuvre en trois mouvements, et prend peu à peu beaucoup de goût à cette formation de deux pianos. Foncièrement ancré dans la tradition française, la musique de Milhaud est toutefois très moderne en certains aspects. Son goût pour le langage emporté de la musique brésilienne, pays où il voyagé de nombreuses fois, ainsi que ses recherches harmoniques l’ont conduit à devenir un grand expérimentateur de son temps. Dès le premier mouvement de Scaramouche (personnage de la commedia dell’Arte), nous sommes plongés dans l’exubérance et l’allégresse qui marquent tant la musique de Milhaud. Le second mouvement contraste en énonçant un thème mélancolique qui sera développé et s’étiolera jusqu’à disparaître. Enfin, la célèbre Brazileira conclut cette œuvre par un mouvement de samba totalement enivrant.
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- Debussy (1862-1918)
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- En Blanc et Noir (Célimène Daudet, Stefan Cassar)
- Debussy compose cette œuvre magistrale trois ans avant sa mort, en 1915. Cette année est celle où le compositeur engendre ses derniers chefs d’œuvres parmi lesquels la célèbre Sonate pour flûte, alto et harpe.
- Par sa construction en trois mouvements, En Blanc et Noir marque un retour à l’esprit classique. Cependant, le langage utilisé est toujours plus moderne et révèle de véritables innovations. Le premier mouvement est fondé sur l’alternance d’un premier thème chaleureux et emporté et d’interventions moqueuses et parfois hésitantes. L’écriture est très virtuose et permet de créer de violents contrastes. Le second mouvement est un exemple sans pareille de dramatisme bouleversant. Cette page est aussi l’occasion pour Debussy d’affirmer son patriotisme dans cette période troublée, en inscrivant en tête de ce mouvement, l’épigraphe « Ballade contre les ennemis de la France ». On entend d’ailleurs au sein de ce mouvement un choral de Luther qui symbolise l’agresseur allemand. Enfin, le troisième mouvement, dédié à Stravinsky, est composé dans le style d’un scherzo vif et qui demande une technique pianistique confirmée. La fin presque ironique nous laisse en suspension après ce déferlement d’accords et de fusées.
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- Préludes (Célimène Daudet, piano solo) :
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- Regroupés en deux livres, les 24 Préludes sont sans nul doute des pièces de grande maturité. Chacun d’eux est une évocation, symbolise en musique un paysage ou un sujet. La structure formelle est à chaque fois soumise à l’expression musicale et la virtuosité est rarement de mise. Ces recueils sont le lieu qui nous permet de synthétiser toutes les attirances de Debussy : la mer, l’Espagne, l’Extrême-Orient ou encore les personnages féeriques.
- · Brouillards : le brouillard est figuré par le jeu de la main droite sur les touches noires qui crée un effet éthéré et donne au premier prélude du deuxième livre un aspect résolument moderne.
- · La Puerta del Vino : inspiré par une représentation de l’Alhambra à Grenade, ce prélude aux sonorités de guitare est riche en couleurs qui sont tantôt lumineuses tantôt mélancoliques à la manière des Gitans.
- · Bruyères : c’est ici le paisible chant d’un berger dans l’immensité de la lande : on perçoit à nouveau la pureté et la transparence debussyste.
- · General Lavine-Eccentric : sur un rythme de ragtime, Debussy peint avec ironie une pantomime burlesque et humoristique.
- · Ondine : dans le ton de ré majeur, nous découvrons une Ondine malicieuse qui apparaît au milieu des langoureux mouvements de vague. Les dissonances engendrées par les frottements de seconde donnent une couleur différente à la partie centrale avant que l’Ondine ne disparaisse dans la houle.
- · Les Tierces alternées : cette pièce annonce les Etudes que Debussy écrira peu de temps après les Préludes. Conçu comme un tournoiement exalté, ce prélude qui ne connaît qu’un bref moment de répit finira par s’anéantir par lui- même.
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- Ballade (Stefan Cassar, piano solo) :
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- Lorsque Debussy compose cette œuvre dans le courant des années 1880, Debussy revient de Russie où il était sous la protection de Madame Von Meck. Or il ne fait nul doute que ce séjour l’a fortement influencé pour la composition de cette pièce. C’est par l’alternance entre le ton principal de mi majeur et l’emploi du ton de fa majeur que Debussy donne une saveur orientale à la Ballade. La conclusion de cette œuvre atteint un rare charme poétique.
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- Rêverie (Stefan Cassar, piano solo) :
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- Cette pièce, composée au début des années 1880, est déjà caractéristique de l’œuvre de Debussy. Son titre tout d’abord nous plonge dans le monde de l’imaginaire auquel Debussy restera attaché dans toutes ses compositions. Par le thème mélodique qui ouvre l’œuvre, le compositeur révèle son appartenance à la musique française, qui se distingue par son élégance et sa clarté. Mais cette œuvre nous fait aussi découvrir des harmonies folkloriques que le compositeur utilisera souvent par la suite.
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- Masques (Stefan Cassar, piano solo) :
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- Composée en 1904, cette œuvre en la mineur est l’une des plus importantes de la production pianistique de Claude Debussy. Il compose cette pièce juste après sa séparation d’avec Lily Texier, qui fut un évènement douloureux de sa vie. À la manière de Chopin dans ses scherzos, Debussy construit cette œuvre autour de grands élans de révolte et de jeux d’ombre angoissants. Les notes répétées qui ouvrent la pièce de manière virtuose évoquent quant à elles la guitare et ainsi les origines espagnoles de Debussy, dont il restera proche toute sa vie. La modernité et l’étrangeté de Masques se situent en grande partie dans le final qui, tel une réminiscence nocturne voit mourir l’œuvre dans un obscur dépouillement.
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- Poulenc (1899-1963)
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- Concerto pour deux pianos (Célimène Daudet, Stefan Cassar)
- · Même si le Concerto est issu d’une commande, Poulenc, en cette année 1932, prit un grand plaisir à composer cette œuvre, qu’il avait l’intention de jouer avec son grand ami Jacques Février. Cette œuvre en ré mineur reflète bien le caractère de Poulenc qui fut un homme de contrastes. Dans une atmosphère générale intime et chaleureuse, Poulenc introduit à la fin du premier mouvement la sonorité du gamelan, instrument balinais qui inspira en de nombreuses occasions les compositeurs français. Dans le second mouvement, Poulenc glisse vers un langage néo-classique qui pourtant ne désunit pas l’œuvre et qui va même donner une allure intemporelle à ce Concerto. Quant au troisième mouvement, il nous rappelle plutôt les grands concertos que nous a laissé le XIXème siècle, par la richesse de son langage mélodique. Poulenc a cherché sa vie durant à se bâtir un langage musical personnel et le genre du Concerto fut essentiel dans la construction de son propre style.
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Dernière modification : 04/05/2010

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