Le Président Hollande plaide pour un gouvernement économique européen

Extraits de l’entretien télévisé du Président de la République, retransmis en direct sur TF1 et France 2 le 14 juillet 2015

Paris, le 14 juillet 2015

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Grèce / crise financière

QUESTION - (...) Les Européens sortent donc d’un long marathon sur la Grèce, Monsieur le Président. Beaucoup d’argent va être engagé pour Athènes, on va en parler dans un instant, il y a bien sûr, un effort considérable de solidarité avec les Grecs qui est fait. Mais est-ce que la Grèce n’a pas été, sinon humiliée, du moins mise sous tutelle et contrainte à un plan d’austérité très dur pour elle ?

LE PRÉSIDENT - Nous sommes le 14 juillet et c’est la France qui est finalement notre invitée pour ce rendez-vous. La France, quel était son rôle pour cette négociation sur la Grèce ? C’était de faire en sorte que ce soit l’Europe qui en sorte victorieuse, que la Grèce bien sûr puisse obtenir le soutien, la solidarité indispensable, puisse rester dans la zone euro. C’était ce que j’avais dit comme objectif et pour que la France aussi, puisse être pleinement utile, utile à l’Europe, utile à la Grèce mais aussi conforme à son rôle qui est de permettre qu’il y ait une idée plus grande que nous avec l’Europe. Et que l’on puisse bâtir un espace politique avant même de savoir s’il fallait aider et comment, la Grèce. Et ce qui a été obtenu, c’est que la Grèce reste dans la zone euro. Je voulais aussi veiller sur les intérêts de la France, l’argent des Français car, vous l’avez dit, il y aura 85 milliards qui vont être prêtés non pas par la France, mais par l’Europe. (...)

Zone euro / intégration

QUESTION - Un dernier point peut-être, Monsieur le Président, sur cette crise grecque. Quelle leçon en tirez-vous pour la zone euro ? Est-ce qu’il faut que la zone euro franchisse un nouveau pas, notamment en matière d’intégration, c’est-à-dire pourquoi pas une fiscalité commune, d’autres règles communes. Est-ce que vous avez des propositions à faire ? (...)

LE PRÉSIDENT - Quand je vois l’obstination avec laquelle les Grecs, malgré tous les efforts qui leur ont été demandés, ont voulu rester dans la zone euro, je me demande encore pourquoi il y en a, y compris dans notre pays, qui voudraient en sortir. Parce que la zone euro est une garantie, c’est une protection, c’est une sécurité.

QUESTION - Alors, l’intégration ?

LE PRÉSIDENT - Depuis trois ans au moins, il y a eu une intégration plus forte. Je vous ai parlé de l’Union bancaire et aussi des disciplines budgétaires, nous avons fait des convergences. J’en ai tiré cette leçon-là aussi, avec la crise – qui dure depuis des années – de la zone euro, de la Grèce qui connait ces difficultés. Il nous faut avancer. Je proposerai donc que nous puissions aller plus loin, bien sûr en cohérence avec l’Allemagne, sur le Gouvernement économique, parce qu’il faut qu’il y ait un Gouvernement économique de la zone euro.

QUESTION - La France prendra une initiative ?

LE PRÉSIDENT - La France, avec ses partenaires. La France va établir un document pour dire – ce sera bien sûr partagé avec nos amis Allemands – voilà ce que nous pouvons faire pour un Gouvernement économique. Nous pouvons aussi, dans une seconde étape, aller plus loin et avoir un budget de la zone euro, pour pouvoir agir en termes d’investissements, y compris pour les pays qui sont les plus en retard.

QUESTION - Réorienter l’Europe, comme vous souhaitiez le faire depuis 2012 ?

LE PRÉSIDENT - Donner à l’Europe des bases plus solides, des moyens d’action plus forts, mais dans l’intérêt des peuples, pas pour les brider, pas pour brimer. Pour faire en sorte que cet espace politique, qui est formidable quand même – 400 millions d’habitants, première puissance économique du monde – puisse se faire entendre et puisse ne pas être regardé par l’ensemble de la planète comme un espace où il y a des difficultés.
Franchement, j’ai beaucoup d’estime pour le Président OBAMA, mais quand il me téléphone pour me dire : « Alors, comment va la zone euro ? » Je préférerais lui dire : « Comment va la zone dollar ? » Il faut que nous soyons plus forts, plus forts en France et plus forts avec nos amis Européens.
Il y a le Gouvernement économique, il y a le budget de la zone euro, et puis, aussi une démocratie qu’il faut installer davantage. Regardez ce qui s’est passé avec la Grèce ; c’est toujours les gouvernements, c’est bien légitime, mais les peuples peuvent quelques fois être entendus. Il y a des référendums. Il faut aussi qu’il y ait une présence plus forte des parlementaires, de ceux qui représentent les nations. A terme, je souhaite donc qu’il y ait aussi un Parlement de la zone euro.

QUESTION - C’est dans quelques mois ces initiatives ?

LE PRÉSIDENT - Les initiatives vont être prises, et puis, il y a aussi une convergence – vous l’avez évoquée – fiscale, une convergence sociale. Là, il faut commencer avec nos amis Allemands. Ils sont quelque fois regardés comme un exemple, quelque fois comme un contre-exemple.

QUESTION - Ils imposent une Europe de la rigueur quand même.

LE PRÉSIDENT - Cela dépend de comment nous faisons. Nous, en ce moment – nous allons en parler – nous baissons les impôts, après les avoir quand même augmentés. Ce que nous voulons, c’est donc, avec l’Allemagne, pouvoir avoir une convergence sur les politiques fiscales et aussi les politiques sociales. Mais faisons en sorte que nous puissions le faire aussi pour protéger davantage et pas pour abimer les protections nécessaires. (...)

Dernière modification : 11/08/2015

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