« Malte et Marseille au XVIIIème siècle » par le Professeur Alain Blondy

Discours de l’Ambassadeur Michel Vandepoorter à l’occasion de la présentation du livre « Malte et Marseille au XVIIIe siècle », en présence du Président Emeritus Dr. Ugo Misfud Bonnici et du Ministre de la Culture Dr. José A. Herrera.

JPEG

« Monsieur le Président,

Monsieur le Ministre,

Professeur,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Le livre qui nous réunit aujourd’hui, « Malte et Marseille au XVIIIème siècle », écrit par le Professeur Alain Blondy en collaboration avec Monsieur Xavier Labat Saint Vincent, indique que « L’Histoire de Marseille et de son rayonnement commercial au XVIIIe siècle n’est plus à faire ». Il n’en reste pas moins que votre ouvrage, Professeur, par la richesse de sources exploitées pour la première fois, mérite très largement d’avoir été fait et qu’il se révélera rapidement indispensable.

Le livre montre bien que la décision prise en 1723 de faire de La Valette un port franc a donné une ampleur nouvelle aux échanges commerciaux entre Malte et Marseille. L’archipel y a retrouvé la prospérité qu’il avait perdue et Marseille qui se relevait difficilement de la terrible peste de 1720 a regagné une place prééminente dans le commerce maritime en Méditerranée. Mais surtout, l’archipel maltais a développé avec Marseille et la Provence des relations très étroites dans tous les domaines. Des familles provençales se sont installées à La Valette, ont développé des activités dans le port, l’affrètement, la banque. Elles ont fait souche en se liant à des familles maltaises, mêlant les deux cultures et acclimatant la langue française qu’il n’était pas rare à cette époque d’entendre sur les quais du Grand Harbour. Pensons à Nicolo Isouard ou aux deux voyages de Jean Pierre Houël qui n’était pas provençal mais a sûrement trouvé dans ces échanges culturels l’idée de venir dans l’archipel.

Le remarquable travail qui a été fondé sur la consultation des registres du lazaret et des lettres consulaires reçues par le chargé d’affaires français à Malte rend bien compte de la diversité des relations commerciales et humaines entre Marseille et Malte, en même temps que des enjeux politiques et économiques au cœur de l’économie méditerranéenne du XVIIIème siècle.

Je vous remercie, Professeur, d’y avoir consacré temps et talent.

Permettez-moi d’ajouter trois remarques inspirées par la lecture de ce livre.

Un des intérêts majeurs de l’ouvrage du Professeur Blondy est de mettre en lumière une page moins connue de l’histoire commune de Malte et de la France. On évoque le plus souvent les nombreux chevaliers de l’Ordre de St Jean de Jérusalem, appartenant aux langues de Provence, de France ou d’Auvergne, qui ont vécu à Malte ou l’éminente contribution des grands maîtres français au remarquable patrimoine de l’archipel, à commencer par Jean de La Valette qui conçut cette capitale. Ou l’on rappelle les six journées décisives passées ici par le général Bonaparte à la même période de l’année 1798. Mais c’était oublier ce siècle d’intérêts économiques partagés et de communauté dans la vie de tous les jours.

Un autre intérêt de ce livre est de montrer que le partenaire de la France a changé à cette époque. La cour de Versailles s’intéressait à l’Ordre de Malte sur lequel elle exerçait une réelle influence, les négociants de Marseille et de Provence s’attachent eux à la population et au territoire de Malte, à sa localisation géographique idéale pour le commerce en Méditerranée. L’ouvrage décrit ainsi l’émergence de Malte comme nation à la fin du 18ème siècle.

Les relations nouées entre Marseille et Malte ont été brutalement remises en cause en 1800. Il est difficile d’évoquer sans regrets toutes ces personnes françaises ou franco-maltaises qui ont alors quitté l’île où elles étaient établies parfois depuis plusieurs générations et dont le Pr Blondy donne la liste. Mais en revenant vers notre époque, on constate que les liens sont restés très forts, que d’autres familles maltaises, après avoir vécu en Tunisie ou en Algérie et acquis la nationalité française, se sont installées à Marseille ou à Avignon et qu’aujourd’hui le Malta Freeport, l’un des plus importants et plus modernes de la Méditerranée est géré par une société marseillaise. Les permanences de l’histoire sont parfois un réconfort

Le rappel de cette mémoire commune à Malte et à Marseille est d’autant plus légitime que Marseille Provence, capitale européenne de la culture en 2013, célèbre aujourd’hui la richesse des peuples de la Méditerranée et de leurs patrimoines et qu’en 2018, l’attention se portera vers La Valette désignée, à son tour capitale européenne de la culture. Nul ne doute que Marseille y apparaîtra comme un partenaire privilégié. »

JPEG

Dans cet ouvrage, le professeur Blondy nous rappelle, avec son talent et son enthousiasme habituels, la force des relations commerciales et humaines qui ont uni Malte et Marseille au XVIIIe siècle.

En cette année 2013 qui voit Marseille élevée au rang de capitale européenne de la culture, Le livre nous plonge dans l’histoire de la Méditerranée à une période marquée par l’ampleur des échanges commerciaux et culturels entre le grand port français de la Méditerranée et l’archipel maltais.

Ile qui ne dispose d’aucune ressource naturelle, Malte ne se développa réellement qu’à partir de 1723, lorsqu’elle s’est dotée d’un port franc. L’île devint un entrepôt important pour la région, au positionnement géographique privilégié pour le commerce, à égale distance entre l’Atlantique et le Levant. L’archipel attira des provençaux, des Marseillais en particulier, qui s’y établirent durablement.

* Le professeur Alain Blondy, spécialiste du monde méditerranéen aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, enseigne l’Histoire depuis 1968. Il débuta à Bordeaux puis poursuivit sa carrière à la Sorbonne où il fut élu professeur en 1995. A compter de cette date, il s’attacha principalement à travailler sur l’histoire de Malte, de l’ordre de Malte et des Régences barbaresques.

Le Professeur Blondy participa activement à la création de partenariats entre la France et ses voisins méditerranéens, notamment avec la mise en place d’un département de français à l’Université de Malte. Il enseigna à l’université de Malte de 1998 à 2010. Il fut professeur invité à l’université de Tunis et à celle de Chypre.

Le professeur Alain Blondy est officier de la Légion d’Honneur depuis 2010.

* Monsieur Xavier Labat Saint Vincent, historien, ingénieur d’études à l’université Paris IV Sorbonne, est spécialiste du 18ème siècle. Ses domaines d’études concernent Malte et le commerce français, les échanges commerciaux en Méditerranée, Marseille port de commerce et les consuls en Méditerranée.

Contact : info@fondationdemalte.org

Dernière modification : 19/06/2013

Haut de page